Etre étudiant en droit

Le mythe de l’étudiant en droit a la peau dure, tantôt grosse tête adepte du par cœur, tantôt fêtard invétéré, c’est bien plus souvent les préjugés sur la filière qui lui construisent sa réputation que la réalité des amphithéâtres.

En parlant d’amphithéâtre, loin de nous les salles remplies d’étudiants en costumes cravates, l’enseignement du droit a évolué et les étudiants avec.

Étudier le droit c’est d’abord avoir la chance de se pencher sur une matière enrichissante, concrète et ouvrant à des opportunités professionnelles diversifiées et intéressantes mais c’est aussi prendre le temps d’enrichir sa culture générale et son parcours d’études.

De la pratique d’un sport à un engagement bénévole en passant par les rencontres en faculté et les nuits blanches estudiantines, l’étudiant en droit aura tout le temps nécessaire pour s’adonner à des activités très variées. Celles-ci pourront enrichir son CV, sa bibliothèque ou tout simplement lui permettre de trouver son équilibre.

En effet, les enseignements valorisant bien plus la logique, l’éloquence, la capacité d’argumentation, ainsi qu’une vision critique et éclairée de la société qui nous entoure que l’apprentissage par cœur de notions éphémères, ils laissent beaucoup de temps libre qu’il faut savoir exploiter à bon escient.

C’est peut-être là que l’on retrouve le profil type de l’étudiant en droit, dans sa diversité et sa capacité d’adaptation. En effet, formé à des méthodes de compréhension, de réflexion et d’argumentation venant enrichir son bagage personnel, il est capable d’exceller dans tous les domaines.

La méthodologie de travail

La méthodologie en Droit s’avère complexe mais primordiale. Avant toute première approche, il convient de se « vider la tête », d’oublier de manière drastique toutes les méthodologies que l’on a pu apprendre au lycée, en cours de philosophie ou de géographie, car la méthodologie juridique s’avère singulière.

Désormais, le jeune juriste devra conjuguer trois exercices principaux : le commentaire d’arrêt, la dissertation et le cas pratique. Ces trois exercices, tout à fait différents, ont un point commun : la dichotomie. En Droit, il convient de séparer en deux, et de toujours dissocier selon ce nombre. Bien meuble/ immeuble, personne physique/ personne morale, tout se sépare en deux. Ainsi, le plan du commentaire d’arrêt, de la dissertation comme du cas pratique se découpera également toujours en deux parties, deux sous parties.

Le commentaire d’arrêt

Le commentaire d’arrêt est l’exercice fétiche du juriste. Il s’agit de commenter une décision rendue, un arrêt, et non de le résumer. Il faudra donc commencer son devoir par une fiche d’arrêt composée d’une introduction venant résumer les faits, la procédure et les arguments des parties. Mais, ce qui s’avère plus complexe, c’est qu’il faudra également exposer la question qui se pose dans l’arrêt étudié. Véritable jeu de devinette, l’arrêt donne la réponse faite par la cour, et il appartient au juriste de trouver la question à laquelle il répond.

Une fois la question posée, et pour clore l’introduction, il conviendra d’exposer la réponse donnée par la Cour, sans que cette dernière soit obligatoirement reformulée. L’introduction n’est bien entendue que le début des festivités et l’exercice le plus complexe en matière de commentaire d’arrêt pour le jeune juriste, c’est le plan même du commentaire. Beaucoup tentent de conseiller au débutant d’appliquer des plans préconçus : principe en I et exception en II par exemple.

Néanmoins le commentaire s’avère bien plus complexe et bien vite le juriste se rendra compte que c’est à lui de trouver sa propre méthode qui devra : exposer la décision, faire des recherches en matière de jurisprudence, commenter l’arrêt sans le répéter, le reformuler ou le paraphraser. Il faudra donc démontrer, critiquer et dépasser l’arrêt.

La première partie sera celle qui s’attache aux argumentations, aux démonstrations de la cour, à la décision rendue, et la seconde sera celle qui critique, contre argumente, sans se détacher de l’arrêt. Le B du I et le A du II seront le cœur du sujet, comme le B du II sera l’ouverture, permettant de s’évader quelque peu de l’arrêt avec des sujets ou questions connexes. Souvent, lorsqu’on est en mal d’inspiration, il convient de relire la solution et de la découper en deux grands axes, qui constitueront le squelette du commentaire. Mais comme nous l’avons déjà dit auparavant, il n’y a pas de méthode miracle, il faut donc s’entraîner de manière régulière afin de trouver sa propre méthode.

La dissertation

Le deuxième exercice est celui de la dissertation. Sur un sujet posé, il convient donc de dire tout ce que l’on peut en articulant de manière logique ses idées, dans un plan toujours en deux parties avec deux sous parties. La dissertation est un exercice complexe car il nécessite une bonne connaissance du sujet, et donc une connaissance exemplaire de son cours.

L’introduction répond à des canons incontournables : après un bref historique, et une définition des termes du sujet, il faudra amener progressivement à une problématique à laquelle le plan devra répondre, dans ses intitulés mêmes. Les règles sont les mêmes qu’en matière de commentaire d’arrêt, le B du I et le A du II seront toujours le cœur du sujet, le B du II toujours l’ouverture. Il n’y a pas de conclusion en matière de dissertation juridique, comme en matière de commentaire, puisque l’exposé est censé se suffire à lui-même. Il faudra bien soigner son introduction, car cette dernière est la vitrine du devoir.

Le cas pratique

Le cas pratique est souvent très aimé des étudiants. Tout en étant étrangement ressemblant aux problèmes que l’on devait résoudre en mathématiques quand on était enfant, il s’avère être un exercice très important pour le juriste. En effet, le cas pratique est l’exercice concret auquel s’adonne l’avocat chaque jour. Souvent écrit sous forme de demande de conseil, la situation (les faits) est exposée et on demande à l’étudiant de répondre, en conseillant, afin de trouver les solutions possibles au problème. Il convient d’exposer toutes les solutions, mêmes celles que l’on sait inutiles, ainsi que de les classer et les ordonner en parties distinctes : I / II.

La rigueur du plan n’est pas aussi contraignante qu’en matière de commentaire ou de dissertation, mais il s’agira surtout de démontrer et d’argumenter. Le juriste a une méthode d’argumentationbien particulière : il utilise les syllogismes. Un exemple bien célèbre : « Tous les hommes sont mortels (la majeure) », « Socrate est un homme » (la mineure) et on applique la majeure et la mineure qui donne : « donc Socrate est mortel ». Il faudra toujours raisonner de cette manière : on expose le texte de loi, on expose la situation (le cas d’espèce), et on conclut en appliquant la loi à la situation donnée. Il conviendra également de conclure le cas pratique afin de répondre à la question en exposant les solutions les plus convaincantes et ayant les plus grandes chances de succès.

La méthodologie est donc primordiale, elle conditionne l’étudiant que nous serons demain, mais s’avère toutefois relativement compliquée. Il faudra attendre la troisième année pour pouvoir prétendre ne pas commettre de grosse erreur de méthodologie. Celle-ci n’est pas qu’un corps de règles qu’on nous impose, c’est aussi et surtout un savoir faire que l’on perfectionne en s’entraînant et en tentant de nouvelles tactiques pour trouver son propre coup de crayon.

Témoignage

Témoignage de Romain, étudiant en 3ème année de Licence (L3) “Droit et Sciences Politiques”, à l’Université Toulouse Capitole (Toulouse 1).Romain BORIES

ARES : Peux-tu nous raconter ton parcours universitaire ?

R : J’ai intégré à la rentrée 2008 l’Université Toulouse 1 – Capitole en choisissant de m’inscrire en Droit. J’ai fait le choix de suivre de manière équilibrée des travaux dirigés de droit public et ceux de droit privé, ne sachant pas exactement dans quelle voie m’orienter plus tard. En deuxième année, j’ai opté pour des travaux dirigés essentiellement composés de matières de droit public, me reconnaissant plus dans ce domaine d’étude. En troisième année, j’ai choisi le parcours “Droit et Sciences Politiques” afin de pouvoir intégrer un Master 1 “Sciences-politiques” puis le Master 2 “Conseil, expertise et action publique.”

ARES : Selon toi, qu’est-ce que t’a apporté ta filière ?

R : La filière Droit m’a apporté énormément de choses, tant sur le plan personnel que professionnel. Elle m’a appris à devenir rigoureux et autonome dans mon travail, et de devenir plus responsable tout en sachant profiter de la vie à bon escient. J’ai pu faire des rencontres formidables, qui m’ont permises de réaliser combien chacun d’entre nous apprend au contact de l’autre. La meilleure chose que m’a apporté le fait d’être en droit ces trois dernières années, c’est tout simplement de m’avoir permis de trouver ce que je voulais faire de ma vie plus tard.

ARES : Quels sont les avantages et les inconvénients à être étudiant en Droit ?

R : Les inconvénients à être étudiant en Droit peuvent apparaître en début de cursus : le monde universitaire est quelque chose de nouveau et la dimension est complètement différente de celle qu’on a pu avoir au lycée. Il peut être parfois difficile de s’habituer à tous ces chamboulements. Les méthodes de travail doivent s’apprendre dès le début car le droit est une filière exigeante. Par contre, les avantages sont très nombreux : on acquiert une certaine liberté qui nous amène à devenir plus autonomes, plus responsables. Nous bénéficions d’un cadre très agréable qui sait allier sérieux et qualité dans le travail avec une vie de campus dynamique grâce aux associations étudiantes. Être étudiant en droit c’est se donner les moyens d’acquérir du savoir directement applicable à la vie de tous les jours.

ARES : Peux-tu nous donner quelques conseils pour réussir ses études en Droit ?

R : Pour réussir ses études de Droit, il faut apprendre à devenir rigoureux dans la lecture et l’analyse des textes. Il faut s’habituer à structurer son raisonnement de manière à exclure toute approximation. Il faut apprendre à élargir sa façon de concevoir les choses afin d’acquérir un esprit éclairé. Il faut parallèlement adopter un rythme de vie sain et régulier, savoir être volontaire dans son travail et assidu en cours. Avoir la volonté de réussir amorce l’ascension vers la réussite.

ARES : Quels sont tes projets professionnels ?

R : Dans un premier temps, je souhaite obtenir avec le plus de réussite possible mon Master 1, ce qui me permettra de faire le choix d’opter pour un Master 2 professionnel ou recherche. Ensuite, je choisirai l’opportunité qui me conviendra le mieux.

Guide des études en droit