Enquête sur les conditions d’études en sciences sociales

I) Présentation et démarche de l’enquête

L’ARES, soucieuse de la qualité d’études de ses étudiants, a souhaité une fois de plus proposer des pistes d’amélioration du système actuel de l’Enseignement Supérieur. C’est dans cette optique, et pour satisfaire pleinement aux attentes des étudiants, que notre Fédération a fait le choix de créer sa première enquête sur les conditions d’études dans le domaine des
sciences sociales.
Ce questionnaire, actif de février à juin 2013, a pour objectif d’établir un panorama des études en sciences sociales et d’évaluer le ressenti des étudiants face à leurs conditions d’études.
Cette enquête a été divisée en 7 thématiques qui se veulent représentatives de toutes les étapes que rencontre l’étudiant lors de sa « carrière » universitaire :
– les premiers pas à l’université
– l’accompagnement de l’étudiant
– l’organisation des enseignements
– l’évaluation de l’étudiant
– de la licence au doctorat
– l’accompagnement vers la mobilité
– l’accompagnement vers l’insertion professionnelle.
L’étudiant a donc été amené à s’exprimer sur sa satisfaction de ses choix d’orientation, Sur la qualité des informations reçues liées à l’orientation ou les poursuites d’études, sur la pertinence des méthodes d’enseignement des langues, ou encore sur la pertinence du système d’évaluation actuel pour refléter un réel niveau.

Tant de sujets qui font aujourd’hui débat au sein des universités
Le but premier était de cerner les difficultés que rencontrent les étudiants lors de leur cursus, mais aussi d’écouter leurs propositions pour améliorer les choses.
De nombreuses universités et BAIP (Bureau d’Aide à l’Insertion Professionnelle) ont relayé cette enquête afin de nous permettre de toucher le plus d’étudiants possibles.
En effet, plus de 8300 étudiants ont répondu à cette enquête au cours de sa diffusion. 53% des répondants sont étudiants en droit, 20% en économie, 17% en AES et 10% en sciences politiques.

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L’ARES a récolté des réponses de plus de 48 universités, dont Paris, Strasbourg, Lyon, Rennes, Bordeaux, Toulouse, Aix-Marseille, Avignon, ainsi que de la plupart des universités d’île de France.

Les résultats ainsi obtenus, et que nous allons vous présenter, reposent ainsi sur un panel représentatif des étudiants en sciences sociales

II) Les résultats

A) Premiers pas à l’Université

L’enquête de l’ARES met en lumière de nombreux problèmes dans les études en Sciences Sociales. Les premières difficultés apparaissent dès la fin du lycée, en Terminale, au moment du choix d’orientation. Il en ressort que :

Bien que les bacheliers trouvent la plateforme Admission Post-Bac (APB), 54 % des étudiants ne se sentent pas préparés à l’entrée à l’Université. Parmi eux, plus de 80 % n’ont pas été aidés par APB dans leur orientation et 20 % ont choisi leur formation par hasard.

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La difficulté d’orientation semble avoir notamment une explication : en effet, plus de 50 % des étudiants jugent que les intitulés des Licences sont incompréhensibles, et autant estiment que le contenu de leurs cours ne correspondent pas (ou que moyennement) à ce qu’ils avaient imaginé. Plus de 50 % des étudiants jugent que le contenu de leur cours ne correspond que pas ou moyennement à ce qu’ils avaient imaginé.

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Cependant, 90 % des étudiants sont tout de même satisfaits de leur choix d’orientation, on peut donc en conclure que les filières de sciences sociales sont plutôt attractives.

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B) Enseignement et formation

En terme de pédagogie, ce qui est le plus important d’évaluer dans un premier temps est la disponibilité des professeurs.

Ainsi, 55 % des étudiants estiment que leurs professeurs sont disponibles, la communication s’effectuant majoritairement par mails ou via plateforme numérique.

Les cours magistraux durent en moyenne 3h, et cela ne semble pas poser problème aux étudiants qui, à 64 %, estiment la durée raisonnable. Néanmoins, les étudiants jugent que les cours magistraux sont “rébarbatifs” mais “nécessaires”, puisque ce sont les deux adjectifs choisis par la majorité des étudiants pour qualifier les cours magistraux.

Ce qui interpelle réside dans le suivi, ou plutôt le manque de suivi relevé par les étudiants. Ainsi, 80 % de ces derniers se sentent peu ou pas suivi durant leur cursus.

Le manque de suivi se révèle par les éléments suivant : seulement 22 % des étudiants déclarent qu’un tutorat est mis en place dans leur filière, et 60 % des étudiants estiment qu’il devrait y avoir plus d’accompagnement.

En ce qui concerne les options, les étudiants ne rencontrent pas de difficulté afin d’effectuer leur choix (55%). En revanche, ils optent souvent pour des options au hasard, 74 % des étudiants dénonçant un manque d’information et d’explication afin d’éclairer leur choix.

En Sciences Sociales, les formations et les enseignements sont pluridisciplinaires, ainsi c’est sans surprise que 72 % des étudiants jugent que leurs enseignements sont assez diversifiés.

Concernant l’évaluation des enseignements, 77 % des étudiants sont dans l’impossibilité d’évaluer leurs enseignements. Le peu d’étudiants pouvant évaluer leurs enseignements le font, pour 95 % d’entre eux, au moyen de questionnaires distribués par les professeurs. On peut donc se poser la question de la subjectivité des réponses à ces questionnaires.

L’évaluation se fait, pour 92 % des étudiants, par des examens terminaux. Les examens oraux demeurent peu fréquents, puisque seulement 58 % des étudiants sont évalués oralement : 1 examen oral pour 2 examens écrits.

Ainsi, 70 % des étudiants sont favorables au Contrôle Continu Intégral, et 85 % jugent que l’examen terminal n’est pas pertinent pour évaluer le niveau de l’étudiant.

75 % des étudiants n’ont pas accès à un corrigé des examens.

Néanmoins seulement 66 % des étudiants regardent leurs copies, et 64 % comprennent leurs erreurs.

72 % des étudiants ont accès aux annales, mais 70 % des étudiants n’ont pas accès aux corrigés des annales.

Plus de 50 % des étudiants ne connaissent pas les Masters et leur contenu, ce qui révèle un manque d’information criant.

Quant à la sélection entre le Master 1 et le Master 2, 55 % des étudiants jugent la sélection incohérente, et estiment que cette dernière devrait s’effectuer dès l’entrée en Master 1.

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Le doctorat est connu par 20% des étudiants.

De plus, pour les étudiants, un doctorant est majoritairement un chercheur (80 %), puis un étudiant (68 %). Concernant la recherche à l’Université, pour 85 % des étudiants, elle est simplement et uniquement le travail d’un enseignement chercheur, et pour 45 % elle se retrouve dans l’élaboration d’un mémoire.

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Environ 87 % des étudiants ne sont pas sensibilisés à la recherche au cours de leur parcours, le peu s’estimant concernés, le sont à 90 % par le biais du mémoire et de la dissertation.

Ce qui est étonnant est que seulement 16 % des étudiants jugent que le 3ème cycle et la recherche sont liés avec la Licence et le Master, un manque de sensibilisation expliquant une lecture erronée du modèle LMD par les étudiants.

C) Compétences transversales

Les formations de sciences sociales permettent à leurs étudiants d’acquérir un certain nombre de compétences transversales. Il s’agit de compétences qui s’expriment dans de nombreux domaines, apparemment non apparentés.

Pour les étudiants interrogés, les compétences transversales sont : les langues à 56 %, l’informatique à 39 % et la méthodologie à 5 %.
Bien que cela puisse être une réelle force, certains aspects devraient encore être améliorés par les universités.

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Les Unités d’Enseignement (UE) libres sont des enseignements conçus comme des enseignements d’ouverture sur une autre discipline, pouvant être complètement détachés de la formation choisie (sport, théâtre, etc). Ces UE sont jugés très enrichissantes par 55 % des étudiants. Cependant, il existe un manque de communication autour de celles-ci.

La culture générale est indispensable pour les étudiants, notamment en sciences sociales. 63 % des étudiants n’ont pas d’UE de Culture Générale mais 58 % considèrent que l’apport en Culture Générale est tout de même plutôt présent.

Enfin, 60 % des étudiants pensent ne pas acquérir de compétences transversales, et les compétences universitaires sont valorisées pour seulement 10 %.

Les principales critiques reportées touchent les langues. En effet, alors que l’apprentissage des langues étrangères représente un atout majeur dans le monde du travail actuel, les étudiants déplorent la qualité de leur enseignement.

Les chiffres sont effectivement explicites : 77 % des étudiants ne sont pas satisfaits de l’enseignement des langues étrangères à l’Université et 74 % ne sont pas satisfaits des méthodes utilisées pour les enseigner, les cours étant souvent trop théoriques et difficilement participatifs, notamment du fait du nombre important d’étudiants dans une salle.

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De plus, seuls 30 % des étudiants ont des cours en anglais spécifiques à leur filière (employment law, business, international economics, finance, etc). Pourtant, 44 % envisagent de poursuivre une carrière dans l’international.

Enfin, 57 % des sondés disent ne pas avoir l’opportunité de partir en stage à l’étranger dans leur université et 51 % des étudiants n’ont jamais été sensibilisés au programme Erasmus.

D) Insertion-pro

Malgré l’attrait pour les formations en Sciences Sociales, on observe qu’elles subissent les mêmes lois que la plupart des formations universitaires : 82% des étudiants jugent leur parcours moyennement voire pas du tout professionnalisant. Une énorme majorité des étudiants jugent que les enseignements dispensés ne les préparent pas totalement au marché du travail, et demeurent trop théoriques.

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De plus, seuls 63 % des étudiants ont la possibilité d’effectuer un stage en Licence (alors que l’article 7 de l’arrêté Licence prévoit un stage pour tous). 92 % des personnes lésées ont pourtant envie d’en faire un. Sur les 63 % qui ont la possibilité d’effectuer un stage, 91 % jugent que cela apporte un plus à la formation.
On juge donc que les seul ⅔ des étudiants effectuent un stage en Licence, or sur les 37 % n’en effectuant pas, 92 % veulent en faire un. Il y a donc une véritable demande de la part des étudiants.

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Sur les étudiants effectuant un stage, 91 % jugent que cela apporte une bonification à leur formation initiale. On observe donc qu’il faut généraliser le stage à tous les étudiants de Licence.

La plupart des stages ont une durée inférieure à 2 mois (73 %). La part des stages entre 2 et 6 mois est de 25 %, et seulement 2 % sont supérieurs à 6 mois.
¾ des stages se font donc à une durée qui, dans la législation n’obligent pas les entreprises à payer leurs stagiaires. Coïncidence ?

Les étudiants jugent compliquée voire très compliquée la recherche de stage (ils jugent à 75 % qu’un stage est difficile voire très difficile à trouver), et 88 % jugent n’avoir pas été préparés à la recherche et à la réalisation de leur stage. Il y a donc de nombreux travaux à réaliser en ce sens, tant la demande est importante dans ce domaine.

Conclusion : Comment l’ARES va répondre aux problèmes

L’enquête menée par l’ARES a donc répondu à ses attentes en mettant en lumière les points forts mais également les points faibles des conditions d’études des étudiants en Sciences Sociales.

La Fédération reconnait les mesures déjà mises en place par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche pour permettre un enseignement de qualité mais certains aspects mériteraient d’être encore améliorés.

L’ARES, force de proposition, a ainsi souhaité profiter des résultats de son enquête pour rédiger un Livre Blanc sur les conditions d’études, qui regroupera en son sein les propositions de la Fédération pour palier aux faiblesses relevées dans ce dossier.

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